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  • Polyborus
  • Citoyenne intéressée par la politique, la musique, et le dessin... entre autres.
Valeurs fortes :
Loyauté, confiance, honnêteté, solidarité, ... et même, services publics.
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6 décembre 2008 6 06 /12 /décembre /2008 20:28
Allez...
Il fallait bien qu'il sorte, cet article...

Dans quelques mois ça fera vingt ans.

Il y a vingt ans, un peu poussée par une prof que j'adorais, je me suis retrouvée dans un lycée tout neuf, à suivre une filière avec quelques heures de cours de plus que la moyenne, histoire de devenir bilingue.
Une ouverture de lycée, ça se fait en douceur. D'abord, pas mal de 2ndes. Puis, une ou deux classes de 1ères. C'était (presque) tout. Du coup, on est dans un machin immense mais on se connaît tous. A vrai dire, c'était le pied !! A l'époque, le bahut n'était pas clos comme il le fut l'année d'après. Il était neuf, donc on lui passait ses nombreux défauts : couloirs noirs, salles sombres, lumière électrique nécessaire partout même en plein été. Bon, il fallait qu'on se lève tôt, avec les copains, pour venir jusqu'à lui !! Les embouteillages nous obligeaient à partir largement en avance, pour avoir une chance de ne pas être en retard ensuite en cours. Et comme on était dans une classe spéciale, on finissait toujours les derniers, le soir. Mais ça allait bien. L'une de mes copines de classe, dont la mère habitait beaucoup trop loin pour qu'elle puisse rentrer chez elle en semaine, dormait à l'internat. Mais avec nos horaires, il fallait bosser pas mal le soir. Et l'ambiance de l'internat ne le permettait pas trop. C'était sympa... mais peut-être un peu trop ! :-)
Bref, un jour, elle m'a confié qu'elle avait du mal à bosser. Et je lui ai rétorqué : Et si tu venais habiter chez moi ?
Ben comme elle avait une mère adorable et moi des parents qui, pour ça, l'étaient tout autant, ce fut fait.
Je suis incapable de dire combien de temps ça a duré, mais pas mal de mois. C'était chouette, mais c'est tombé en plein dans ma crise d'adolescence. Le moins qu'on puisse dire, c'est que j'allais mal !
Au bout d'un moment, la copine en question, que je nommerai A., a pris son appart en collocation avec une autre fille.
Et moi, bien que cela n'ait rien à voir, je suis partie... en vrille.
Ras le bol du lycée pour plein de raisons, une engueulade de trop à la maison avec mes parents, et une belle fugue.
Tout de suite, je me suis dit :
Il faut que je parte sur Paris. Si je reste ici, ils vont me retrouver.
Ben oui, tu parles...
!
J'ai récupéré une carte de train, j'avais un sac é-nor-me sur mon dos, et bien sûr... pas un sou.
Mineure, pas préparée, juste révoltée par mes souffrances perso...
Bref, du grand n'importe quoi.
Je n'ai pas tenu bien longtemps sur Paris. C'était l'automne (tant qu'à faire).
J'ai appelé un copain majeur, qui était dispo mais... à New York. Pas pratique.
Après avoir fait la manche (pour ne manger que des vache-qui-rit et du pain, le moins cher à l'époque), trouvé un lit (sale) chez une 'copine' pour une nuit, puis franchement galéré... J'avais peur, vraiment. J'ai appelé A.
Elle m'a engueulée, et m'a dit de venir.
J'ai donc repris le train. Ensuite, j'ai marché. Je me suis faite agresser évidemment, parce que j'étais assez c*** pour penser qu'il fallait que j'évite les grandes rues éclairées, "au cas où".
J'ai réagi de façon complètement épidermique dès que le bonhomme, le gars, le type, m'a serrée. J'ai tout simplement hurlé. J'avais les deux mains dans les poches, dont une refermée sur une bombe lacrimogène, mais je ne pouvais plus bouger, à la fois parce qu'il serrait trop, et à la fois parce que j'étais tétanisée par la peur.
Mais les cordes vocales ont bien fonctionné. Du coup, "il" a préféré battre en retraite.
Sauf qu'ensuite, il a pris sa voiture. Je l'ai entendu monter dedans, claquer la porte et démarrer. Il m'a suivie.
J'étais morte de trouille.
J'ai rapidement rejoins le faubourg, et je l'ai remonté... pas une maison à cet endroit-là !!! Bon sang !!
Et puis, à un moment, une immense grille, et une espèce de manoir derrière. Je me suis arrêtée comme si c'était là que j'allais, et j'ai sonné la cloche.
La voiture était au ralenti, derrière, mais pas trop près.
"Il" attendait.
Moi aussi, mais que quelqu'un réponde !!
J'ai fait comme si l'attente était normale, puis j'ai re-sonné la cloche, de façon insistante.
Là, une fenêtre de l'étage du "manoir" s'est ouverte, un monsieur est apparu. Il n'était pas trop ravi à vrai dire. C'est qu'il était tard... La voiture a démarré, et elle m'a doublée. Je ne sais pas à quoi elle ressemblait, j'avais trop peur de tourner ne serait-ce que les yeux vers elle.
J'ai crié au monsieur de la maison que j'étais désolée de l'avoir réveillée, qu'une voiture me suivait et que j'avais peur, mais que là, elle venait de partir.
Et je me suis remise en route... jusque chez ma copine, A.
Là, ce fut dur. Je crois que, de mon côté, je ne retenais que la peur dans laquelle j'avais été pendant quelques jours, pendant qu'A. essayait de me convaincre d'appeler ma famille. Elle avait raison bien sûr.
J'ai fini par accepter de téléphoner... je vous laisse imaginer le soulagement de mes parents.

Je suis donc rentrée chez moi.
Mes parents ont mis en place tout un tas de choses pour me montrer qu'ils avaient entendu le message.
Ils m'ont envoyée vivre chez ma grand-mère, un peu, en région parisienne... Mais prendre le train sous la terre pour aller jusqu'à Sèvres, ... J'ai tenu une semaine . Ensuite, j'ai rappelé mes parents, et je suis rentrée sur Orléans. Mais plus question de faire 15 bornes pour aller en cours. J'ai pris le lycée le plus proche, et j'ai fait ma Term' d'une traite. Je venais en cours, j'écoutais, je participais, je repartais. Je ne parlais à personne ou presque. Je ne faisais pas beaucoup d'efforts. Sauf en cours. Je me rappelle de 2 gars sympas comme tout qui m'avait acceptée comme j'étais. Mais je ne me souviens plus de leur nom. A vrai dire, j'ai presque tout effacé de ma mémoire. Ou plutôt, j'ai mis tant de bazar par dessus que je ne retrouve plus les clefs du placard où les souvenirs de cette période sont rangés.
J'étais juste mal.
Et j'essayais d'aller mieux.
A cet âge-là, j'aurais dû sortir, bouger, faire des tas de choses...  Apprendre aussi grâce à mes relations avec d'autres de mon âge. Mais j'ai juste suivi mes cours... et constaté mon décalage avec les autres !
C'est tout naturellement que j'ai choisi la complexité.
Et tout naturellement que je me suis retrouvée dans les pattes d'un jeune homme au moins aussi mal dans sa peau que moi, mais pour d'autres raisons.
Et puis...
Et puis le reste est une autre histoire.
D'ailleurs, ce n'est pas du tout là que je voulais en venir.
:-)

Polyb.


Ca, j'adore... Surtout à partir de 3 min... L'une des plus belles voix au monde...
  

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commentaires

Polyborus 08/12/2008 14:39

Merci Yves, et merci à tous de ces commentaires gentils comme tout.

A vrai dire, je n'ai jamais considéré cet épisode de ma vie comme très important !
Je réalise juste avec les années et un peu de recul, qu'il a déterminé des choses pour la suite, et qu'il a eu plus de conséquences sur ma vie que je ne le croyais.

Oui, BCT, j'ai eu beaucoup de chance de façon générale pendant ces quelques jours. J'en ai conscience.
Cela fait partie des expériences qui m'ont appris à me mettre à la place des autres. Ceux qui sont - vraiment - dans la mouise. Lorsque, professionnellement, j'ai rencontré des enfants qui vivaient dans la rue, qui avaient vécu des agressions, qui avaient subi incestes ou violences morales, au lieu de garder un oeil extérieur, j'ai "pris". L'empathie, même si elle est douloureuse, évite de condamner trop vite.

Oui, Tryphon, j'ai choisi la complexité. :-) Ca me résume assez bien, tant au niveau personnel que professionnel.

Circé, je comprends parfaitement ce que tu expliques. J'ai, quelques années plus tard, essayé moi aussi d'arrêter tout ça. Je dis souvent que c'est mon fils qui m'a sauvé la vie, et je le pense. C'est quand j'ai appris sa présence que je me suis reprise en main, que j'ai décidé de croire en l'homme.
Si je peux me permettre, je crois que tu as une plus grande humanité que la plupart des gens que j'ai rencontrés. Je t'admire beaucoup.

JPM, vois-tu, c'est mon premier enfant qui m'a rendue comme je suis, avant tout. C'est lui qui m'a donné l'envie de me battre. Des casseroles, on en traîne tous, plus ou moins lourdes. Cela fait partie de la vie. Le tout est d'apprendre à cuisiner avec ! Celle-ci est toute petite, elle me sert juste pour les fonds de sauce ou le chocolat !
:-)

Circé 08/12/2008 10:13

Les fugues adolescentes et le mal-être...

J'ai connu cela aussi. Ma fugue à moi n'était pas celle d'un établissement ou d'une famille, mais celle d'un monde où je ne me sentais pas à ma place : comme une erreur de casting, rien à y faire, rien à y attendre, rien à y changer tant que les hommes ( ici à prendre au sens êtres humains ) seront toujours aussi imbécilement et terriblement les mêmes d'années en années, de siècles en siècles, de millénaires en millénaires : des êtres monstrueux où la violence, l'ignorance, la folie meurtrière pour quelques raisons que ce soit (territoriales, hégémoniques, financières, religieuses ou culturelles - un inepte président d'un pays qui se prétend le gendarme du monde a même osé parler de guerres de civilisation... ) ont été, sont et seront toujours les mêmes. J'avais 16 ans. Des médecins m'ont rattrappé in-extremis alors que j'avais entamé le passage vers le silence et le calme et le repos de la mort. Je ressens toujours aujourd'hui le même profond désespoir quant à l'humanité et les individus qui lafondent, avec de temps en temps des rayons de soleil qui surgissent. J'y ai ainsi fait des rencontres qui avaient l'espoir à leur niveau d'éclairer ceux qui les entouraient,de le rendre (ce monde) aussi plus juste et même pour quelques-uns moins insupportable. Aujourd'hui j'ai 7 raisons valables de ne plus tenter de le quitter avant l'heure que la nature m'aura fixée + 5 nouvelles autres qui font que pour eux aussi, je me suis engagée à résister et à changer ou amoindrir, adoucir ce que la vie a le plus d'odieux, à ma manière, avec mes possibilités, sans plus d'ambition que d'aider si faire se peut, ceux que je côtoie.

Yves Pasco 07/12/2008 18:22

C'est beau !
Même si je n'ai rien vécu de tout ça, ça m'évoque plein de souvenirs ! Etonnant, non ?!!
Dans l'association "Vivre et l'Ecrire", on essaye de faire s'exprimer spontanément les gens par écrit : c'est aussi souvent quelque chose qu'ils ne se croient pas capables d'écrire, du vrai, du sincère, du beau donc !
Je suis content d'avoir découvert ce blog par hasard !

Tryphon 07/12/2008 12:14

Je suis comme les copains.
Envie de répondre, de rebondir ; sans savoir si j'ai le bon fil.
Et cette phrase, qu'on pourrait des heures durant commenter,
comme elle nous ressemble :

" C'est tout naturellement que j'ai choisi la complexité."

jean paul morat 07/12/2008 01:57

Dix minutes que je suis là devant ton histoire et que j'ai envie de te répondre...et que je ne sais pas quoi trop te dire...
Ca interpelle...surtout quand on est un mec....
En tous cas, je crois que j'ai toujours respecté les filles puis les femmes que j'ai connu, il n'empêche qu'avec plein d'années en plus je n'aimerais pas trainer des histoires comme celles là derrière moi...Quant à toi je te félicite d'avoir surmonté tout cela parce que je te vois aujourd'hui plutôt solide et courageuse comme un bon petit soldat !...
Sache que je te respecte infiniment.