Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

  • Polyborus
  • Citoyenne intéressée par la politique, la musique, et le dessin... entre autres.
Valeurs fortes :
Loyauté, confiance, honnêteté, solidarité, ... et même, services publics.
  • Citoyenne intéressée par la politique, la musique, et le dessin... entre autres. Valeurs fortes : Loyauté, confiance, honnêteté, solidarité, ... et même, services publics.

 



Il y a    personne(s) sur ce blog.

Recherche

23 décembre 2008 2 23 /12 /décembre /2008 21:40
Probablement plusieurs d'entre vous auront suivi cette drôle d'affaire.
Il y a quelques jours, on apprenait que deux détenus de Fleury-Mérogis avaient réussi à filmer l'intérieur de leur prison, et donc bien des choses habituellement cachées aux regards extérieurs. Ces éléments filmés, ils les ont confiés à deux réalisateurs, chargés d'en faire un documentaire sur la réalité de leur univers carcéral.

Pourquoi ont-ils ressenti le besoin d'en arriver là ?

Envie de réagir face aux documentaires qu'ils visionnent habituellement, et qui ne montrent que ce qu'on veut bien montrer au public : des locaux en état correct, un peu de vie lissée à l'intérieur, mais évidemment PAS la face réelle de la prison.
Or, tant pour alerter l'opinion sur l'état de délabrement des locaux, la surpopulation et surtout ce que cela implique au quotidien, que pour bien montrer aux jeunes que "la prison, c'est la merde, et que tu deviens fou là-dedans"... il fallait parler vrai, et donc... montrer vrai.

En ce qui me concerne, oui, comme tout ce qui est oublié de tous, et qui est souvent l'objet de préjugé, j'ai eu envie d'en savoir plus.
Pour cela donc, ces deux hommes marquent un point : attirer l'attention de quelques uns. J'en fais partie. Je ne suis pas sûre qu'on soit nombreux, mais c'est déjà ça. Et en plus, j'ai un blog ? Bon. Ben je toucherai donc quelques personnes de plus. Tant pis si ça n'en fait pas beaucoup. Mais je ne peux pas rester sans broncher.

Je me suis documentée à ma manière : quelques recherches dans Google, et surtout, les articles du Monde.fr. C'est de bonne guerre : c'est ce média qui m'a révélé la vidéo. Ils ont fait une série d'articles plutôt intéressants sur le sujet. Contrairement à d'habitude, j'ai compilé le tout, l'ait imprimé, et je me le suis fadée deux fois à fond. Pour comprendre. Ou du moins essayer. Et comme ça m'arrive trop souvent ces dernières années, je me suis mise à avoir honte de mon pays.

Je ne vais pas paraphraser les articles en question.
Le mieux est de les lire, ils ne sont pas si longs.

Toutefois, je vous ressors quelques données intéressantes :

Les données brutes sur nos prisons :

- 70 % des prisons de France sont surpeuplées.
- 25 % d'augmentation du taux de détention en France depuis 5 ans.
- Pas d'augmentation équivalente de la délinquance (notamment criminelle)

La prison école du crime :


- 80 % des personnes condamnées à la prison pour des infractions contre les biens récidivent.
- Les auteurs des infractions les plus graves sont ceux qui récidivent le moins.
- Pour aider à la réinsertion :
1 conseiller d'insertion et de probation pour... 100 détenus.

Les prisons françaises : un déni de la dignité humaine :

- Les conditions d'emprisonnement en France font régulièrement l'objet de remontrances du Conseil de l'Europe et de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité.
Réactions de la France : généralement : aucune.

- La loi française exige la séparation en prison :
* des mineurs d'avec les majeurs,
* des femmes d'avec les hommes,
mais aussi :
* des prévenus (détention provisoire) des condamnés,

* des primo-délinquants d'avec les récidivistes.
La surpopulation carcérale en France amène à ne pas respecter cette loi.

- En proportion, on trouve beaucoup moins de "criminels" dans les prisons françaises que de personnes condamnées pour des faits beaucoup moins graves. Pourtant, ils sont mélangés...


- 40 % des personnes incarcérées nécessitent des soins psychiatriques.
Très peu sont soignés, la réponse institutionnelle étant la gestion sécuritaire des ces personnes plutôt que le soin. (en gros, on isole, mais on ne soigne pas).


- Les prisons françaises sont celles d'Europe dont on s'évade le moins... et celles où on se suicide le plus.

Quelles solutions envisager ?

- En 25 ans, le nombre de places en prison a doublé... ce n'est donc pas l'augmentation du nombre de places qui peut résoudre le problème de la surpopulation carcérale... mais le respect du principe qui affirme que l'emprisonnement doit être le dernier recours de la justice à l'encontre de quelqu'un.

Il faut donc utiliser tout le panel de sanctions mis à la disposition des juges et ne se servir de la peine d'emprisonnement qu'en tout dernier recours.

Le cas Fleury-Mérogis :

Construite en 1968, à l'époque des poussées des grandes barres d'immeubles HLM. Un complexe immense, d'environ 3000 cellules. 15 à 20 ans à peine plus tard, de gros soucis dans la structure bétonnée. Depuis, le bâtiment se dégrade en profondeur.
Or, comme on peut imaginer sans peine aujourd'hui la difficulté de vivre dans une barre de 3000 logements, la gestion quotidienne de cette prison inhumaine et invivable est extrêmement compliquée.
La rénovation encore plus.
Concrètement :
Des vitres cassées non réparées, des douches qu'on est obligé de faire fonctionner non-stop parce qu'il y a trop de détenus à faire passer à la douche (donc pas d'aération possible, murs "gluants" et moisis), des locaux insalubres, des cellules prévues pour un dans lequel plusieurs cohabitent... etc.


Petit, tout petit extrait des vidéos tournées par deux détenus de Fleury-Mérogis :





Mes principales sources :

LeMonde.fr du 18/12/08 :

- Prisons : "Rien ne justifie l'humiliation ou les mauvais traitements" ('chat' avec Patrick Marest, délégué général de l'Observatoire International des Prisons)

- En 1968, ParisMatch qualifiait Fleury-Mérogis de 5 étoiles (de Luc Bronner)

- Fleury-Mérogis filmée de l'intérieur (de Luc Bronner)


Et maintenant... ?
On change le monde ?
Allez, il est temps.
 

Partager cet article

Repost 0
Published by Polyborus - dans Prisons
commenter cet article

commentaires

Bernard Bonnejean 27/12/2008 17:33

Je suis comme Le Baptiste, l'homme qui crie dans le désert, qui donne l'impression de parler tout seul pour lui-même. Merci quand même à Laudes qui aura été le seul à oser rompre ce silence.

Mais finalement, le désert, mon désert, ce cadeau de Steph, je crois que je l'aime bien. Il y a eu du beau monde dans ces déserts-là :

Le désert est beau, ne ment pas, il est propre.
Théodore Monod

J'ai toujours aimé le désert. On s'assoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien.
Et cependant quelque chose rayonne en silence...
Antoine de Saint-Exupéry

Le désert est une femme capricieuse, qui parfois rend les hommes fous.
Paulo Coelho

Il n'y a que le désert qui guérisse le désespoir :
on peut y pleurer sans crainte de faire déborder un fleuve.
Ahmadou Kourouma

La vie est un désert dont la femme est le chameau.
Proverbe arabe

Ce qui embellit le désert c'est qu'il cache un puits quelque part...
Antoine de Saint-Exupéry

C'est quand qu'elle revient, dis, Steph ? On va où, dis ? C'est encore loin là où on va ? Tout à l'heure t'as déjà dit "tout à l'heure" ! C'est pas juste !

Bernard Bonnejean 26/12/2008 20:39

DETAILS OUBLIES

En maison d'arrêt, on sert le repas des prisonniers ordinairement autour de 17 h 30 et, comme je l'ai dit, on ferme les portes jusqu'au lendemain matin. On ne les rouvrira qu'à 6 h 30. Seul le directeur possède les clefs. Mais, il va sans dire que le directeur a rarement son logement sur place et qu'on ne dérange pas un directeur pour rien. Donc entre le moment où le surveillant donne l'alerte et celui où la porte est enfin ouverte, il peut se passer bien des drames !

Comme le dit Laudes, l'endroit le plus dangereux reste les douches, collectives. Normalement elles sont surveillées. Mais il arrive que parfois le gardien doive s'absenter, toujours très momentanément, mais assez pour qu'il y ait rixes ou meurtres.

Enfin, parce qu'il faut bien terminer la litanie, le personnel pénitentiaire, à de très rares exceptions près, est on ne peut plus compétent. Parfois même, "matons" et "matonnes" apportent l'humanité nécessaire à la survie. Mais, les maisons d'arrêt étant surpeuplées et le personnel trop peu nombreux, on ne peut raisonnablement leur demander l'impossible.

Enfin, IMPORTANT : tout prévenu non jugé est en droit français présumé innocent. Or, la préventive est parfois de beaucoup plus dure à supporter que la peine après jugement. Impossible pour un prévenu de décompter les jours comme le fait un condamné.
Il faut impérativement supprimer l'emprisonnement à titre préventif, sauf dans des cas extrêmes prévus par la loi. Or, aujourd'hui, de jeunes magistrats (procureurs ou substituts ; juges d'instruction) prônent très vite l'enfermement pour (je le crains) asseoir leur carrière à venir. Le rôle du juge des Libertés et de la détention reste encore vraiment à définir. Peut-il raisonnablement décider la liberté quand proc et juge d'instruction le poussent à faire le contraire et que le prévenu est défendu par une avocate stagiaire spécialisée en droit rural, par exemple. L'avocat en titre, pas toujours pénaliste, ne viendra pas parce que...

Bernard Bonnejean 26/12/2008 14:52

LU DANS LA PRESSE

La CNDS dénonce les mauvais traitements infligés à un détenu aveugle
NOUVELOBS.COM | 24.12.2008 | 14:11


La Commission nationale de déontologie de la sécurité (CNDS) a critiqué le "manque de discernement" du personnel pénitentiaire qui avait menotté et entravé un détenu aveugle lors d'un transport et d'un examen à l'hôpital, dans un avis confidentiel consulté par l'AFP, mardi 23 décembre.
La CNDS, autorité indépendante veillant au respect de la déontologie par les professions de sécurité, a été saisie du cas d'un homme de 60 ans, purgeant 25 ans de réclusion pour assassinats à la centrale de Poissy (Yvelines) et aveugle depuis une tentative de suicide consécutive aux faits qui lui ont valu sa condamnation.
Ce détenu a été transféré à l'hôpital de Poissy dans la soirée du 10 septembre 2006 en raison de douleurs thoraciques. Installé dans un fauteuil roulant, il a refusé une fouille intégrale et s'est vu imposer par un surveillant gradé le port de menottes et d'entraves durant le transport, pendant l'examen et à l'occasion du retour en pleine nuit.

Avis transmis à la garde des Sceaux

Dans son avis confidentiel rendu le 15 décembre et transmis au garde des Sceaux Rachida Dati, la CNDS a rappelé qu'une circulaire du 18 novembre 2004 stipulait que "l'usage des menottes ou entraves est décidé par le chef de l'établissement ou la personne qu'il désigne et doit faire l'objet d'une appréciation individualisée".
Or, le détenu "aurait dû bénéficier des conditions d'extraction, prévues dans la circulaire et compatibles avec son handicap et son état de santé", a insisté la CNDS qui a ajouté que "ce manque de discernement s'est poursuivi au cours de l'examen médical où la présence de surveillants et le maintien des menottes et entraves n'étaient pas justifiés". (Avec AFP)

QUELQUES REACTIONS A CHAUD

A - "Menotter un meurtrier, je ne vois pas le problème. J'applaudis même. Vous avez déjà oublié la victime assassinée, la vie brisée des proches, etc ? Tss tss, quelle mémoire...
La prison ce n'est pas le club med, c'est une punition, c'est très désagréable, et c'est ainsi que ça doit être. Point barre".

B - "je vois pas ou est le probleme, le tout est de savoir comment ca se serait passer pour une personne completement valide, pour les memes faits, si par cas le traitement avait ete identique, alors il n'y a rien a redire, un traitement different serait largement assimilable a de la discrimation envers les gens entierement valide".

C - "Je suis d'accord avec vous lorsque vous dîtes :
"si le règlement a été bafoué il faut le dire et prendre les mesures "sanctions" adéquates"

Mais quant à dire aux gens de s'abstenir de juger les détenus parce qu'ils l'ont déjà été...

Certes je ne suis pas concernée mais vous arrive -t-il de penser un seul instant aux familles des victimes qui sont dans la souffrance à VIE et dont on ne parle jamais et qui peut-être pourraient lire votre commentaire ?"

Bon courage, les gars d'Amnesty !!!!

Bernard Bonnejean 26/12/2008 11:57

Rectification avant qu'on me tombe sur le poil :

Le STIC est bel et bien une invention d'un nommé Charles Pasqua. Il existait avant que Jospin ne l'officialise et l'universalise.

Bernard Bonnejean 26/12/2008 11:26

D'accord sur tout, à 100%, M. Laudes, que je prenais pour un affreux réac. Et l'accord sur tout, M. Laudes, chez moi c'est rarissime !!!

Il faudrait aussi pour compléter :

Examiner l'intérêt de la fouille à corps avant et après chaque parloir ; humiliant et inutile : il n'y a jamais eu tant de drogue dans les prisons françaises !!!

Choisir les médecins en charge de la santé des prisonniers (celui de L., rasé de près et dûment cravaté pour ses consultations en ville, arrive en dégueulasse sur "son lieu de travail fonctionnarisé " sans même se donner la peine de se raser pour les taulards) ;

Imposer des dentistes compétents : celui de L., plus de 70 ans, complètement gaga, la risée des détenus ; grave, car après quelques mois d'emprisonnement, ce sont les dents les premières qui trinquent (nourriture, manque d'ensoleillement etc) ;

Empêcher que notre justice envoie en taule des gens malades, handicapés ou trop âgés parce qu'on ne peut pas les y soigner ;

Abolir les cellules spéciales des hôpitaux publics chargés d'y "accueillir" les détenus malades : une aération minimale ; une grande vitre à l'épreuve des balles en guise de porte-fenêtre ; une bardée de flics goguenards pour garde-malades, etc.

Arrêter à tout prix ces mises en préventive qui ne servent à rien et détruisent les familles ; honteux et indigne d'un magistrat dit "de la détention et des libertés" ;

Arrêter à tout prix cette parodie hypocrite de justice qui consiste en ce que le tribunal transforme systématiquement la préventive en condamnation à la prison ferme au jour près, ce qui évite des poursuites contre l'Etat ;

Obliger les avocats commis d'office à faire convenablement leur métier !!!! ;

Empêcher la "police française" de commencer les interrogatoires avant l'arrivée dudit avocat ;

Et surtout, SURTOUT, Madame Alliot-Marie écoutez-moi, je vous en prie, avant d'être libérée pour bonne conduite : qu'au jour où une affaire a été définitivement jugée, que la Cour a décidé de blanchir le casier judiciaire (ce qui arrive parfois), les flics ne gardent pas pour 20, 30, voire 40 ans des fichiers "qui peuvent encore servir" [J'en profite pour rappeler aux socialistes qui ont hurlé contre Edvige, (et ils ont eu raison !) que ce fichier encore fantomatique est nettement moins utilisé que le STIC, mis en place officiellement par un certain JOSPIN] ;

C'est tout pour l'instant ; j'en garde pour après si vous en voulez encore.