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  • Polyborus
  • Citoyenne intéressée par la politique, la musique, et le dessin... entre autres.
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Loyauté, confiance, honnêteté, solidarité, ... et même, services publics.
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19 janvier 2009 1 19 /01 /janvier /2009 22:52
... si j'avais envie d'en rire, j'appelerais ça : "Panique au Polyb Palace".
Mais il s'agit de la vie de ma fille. Alors je ne rigole pas.

Fin décembre.
Plus exactement le soir du samedi 20.
Vous savez, ce moment un peu particulier où plein de gens vont être en vacances, où les décorations lumineuses ont un air enchanteur pour les petits, où les magasins sont inaccessibles car bondés.
Ce samedi-là, on avait fait la fête en famille.
Pas toujours facile avec les astreintes des uns et les contraintes des autres de se voir nombreux à telle ou telle date. Le 20, ça le faisait.
J'étais en pleine grippe (elle m'aura tenu la grappe un moment, cette année, la bougresse !) et mes deux enfants aussi.
Ma fille, qui plafonnait à 40° de fièvre depuis plusieurs jours, avait en prime une otite pas cool par dessus. Et donc un traitement antibiotique.
Jusqu'à 14h à peu près, ça l'avait fait. Ensuite, c'est la présence de sa cousine qui avait maintenue la miss en état... approximatif. Vers quoi ? Peut-être 16h30, je l'ai forcée à se coucher : une sieste s'imposait. Je l'ai installée près de nous, pour qu'elle ne soit pas mise à l'écart, d'une part, et pour pouvoir intervenir vite, d'autre part.
Ca ne baissait pas.
Elle se sentait mal, et, étant passée par là moi aussi, je la plaignais sincèrement.
Elle a dormi longtemps, puis, pas trop tard, nous sommes rentrés à la maison.
Il devait être 10h.
Elle prenait des "anti-douleurs & fièvre" toutes les 3 heures, je ne parvenais pas à faire baisser tout ça.
En sortant de la voiture, il faisait si froid dehors, la fièvre est tombée à 38°6, dixit le thermomètre une fois arrivée et déshabillée dans sa chambre... mais quelques minutes à peine plus tard, re-belote, 40°.
Bon, on panique pas, c'est normal avec une grippe, surtout avec une otite en prime.
Complètement découverte, elle subissait sans râler mais en gémissant le linge humide avec lequel je lui badigeonnais le corps pour essayer de faire baisser ça.
Il paraît qu'il ne faut plus donner de bain. Que les risques de se tromper sont trop importants, et qu'il ne faut pas quand même risquer le choc thermique. Bon. Tant mieux, parce que là, tout de suite, je ne me sens pas de la sortir de son lit.
Mais... les gémissements augmentent, et se transforment en pleurs. Toujours 40°, malgré les médocs.
Elle est en âge de se faire comprendre, et pleure très fort à présent, très, très fort... en se plaignant non pas des oreilles, mais de la tête...
Je crois faire preuve de sang froid de façon générale dans ce genre de cas. On en a vu d'autres, ici, des soucis de minots malades. Mais pas ça.
Et j'ai beau faire des efforts, je crains la méningite.
Mais non, Steph, c'est la grippe, toi aussi tu as eu mal au crâne cette semaine et la semaine passée.
Pour elle ce doit être plus dur à supporter, c'est tout. Elle est petite.
Mais elle pleure très, très, très fort, dis donc. Sa tête, sa tête !
ppffffffffffffff
Bon.
Allez, on ne panique pas. Un petit coup de fil pour se rassurer à SOS Médecins.
Là, je me fais recevoir, par une secrétaire probablement débordée qui a déjà passé une mauvaise soirée et qui se doute que la nuit sera dure.
"Un conseil ?
Mais qu'est-ce que vous croyez ? Je n'ai pas la plateforme de médecins suffisante pour vous en passer un pour un conseil !!! Pour les conseils, il faut faire le 15."
...
Bon.
Ben d'accord, on se blinde, on ne se fâche pas, on appelle le 15.
Là, ça va, l'accueil est normal.
On me passe plutôt rapidement le médecin régulateur du SAMU.
Je lui explique le cas.
Tout le monde passé par la grippe, l'otite en prime, les antibio, la fièvre qui ne baisse pas malgré mes efforts, et là, les cris, que dis-je... non, elle hurle après sa tête.
Je ne sais pas qui c'était, ce toubib, mais il a été très bien.
Il m'a expliqué que j'avais raison de m'inquiéter, mais sans me faire paniquer. Calmement, il a pris en compte ce que je lui avais dit. Il m'a dit qu'il fallait que je me débrouille pour organiser une consultation de ma fille par un médecin. Je n'ai pas besoin de dire le mot, il devine mon angoisse, et me dit que ce n'est pas nécessairement une méningite, mais qu'au moins ma fille a besoin de l'avis d'un toubib et d'une meilleure prise en charge de sa douleur que ce que je peux faire chez moi.
"Je rappelle SOS Médecin ?"
"Oui, et s'ils ne peuvent pas, vous allez aux Urgences Pédiatriques.
Mais vous organisez vraiment une consultation. Il faut qu'elle soit vue par un médecin."
Bon, je crois qu'il a assez insisté. C'est clair, non ?
Je rappelle donc SOS : J'explique ce qu'on vient de me dire, et QUI vient de me le dire.
Vu les souffrances de ma fille, je demande s'il est possible d'avoir un médecin qui passe dans un délai raisonnable de deux ou trois heures ou si elle pense qu'il vaut mieux que j'aille directement aux Urgences.
Elle ne sait pas de quoi il retourne pour le moment.
Elle est plutôt stressée, ce soir, comme je l'ai déjà dit, et je le comprends à 1000%.
J'essaie de rester calme quand elle me répond qu'elle ne peut rien me dire, que ça dépend, que si je suis vraiment inquiète (OUI, JE SUIS VRAIMENT INQUIETE !)...
Je finis par lui proposer un compromis :
Elle me met sur sa liste, et si personne n'est venu d'ici deux ou trois heures, et que l'état de ma fille ne s'arrange pas, je la rappellerai avant de filer aux Urgences.
Elle est d'accord, et me pose donc les questions d'usage :
Nom, adresse, âge du malade, symptômes...
Et là, bizarrement, le ton change...
"On se tient au courant de toutes façons !" me dit-elle...
Ah ?
Je retourne voir ma fille. Elle pleure toujours, mais en prime, elle délire.
Au bout de quoi ?... 5 minutes ? Le toubib d'SOS Médecin appelle depuis son portable. Je lui ré-expose le cas.
Il m'explique alors que oui, elle doit voir un médecin, mais qu'il faut au moins une perfusion à ma fille, donc autant que j'aille à l'hôpital.
(Il est surbooké, comprends-je, même s'il ne me le dit pas... mais veut que la puce soit vue.) "Il refile le bébé" comme on dit. Mais attention, hein, lui aussi je le comprends à 1000%. Il ne peut pas non plus être partout... et des urgences, quand on bosse chez SOS Médecins, il doit y en avoir pas mal...

J'annonce le truc à mon mari, qui est à peu près aussi ... que moi qu'on nous dise hosto d'urgence.
Je prépare quelques affaires au cas où... et je lève la petite.
Elle pleure toujours, parle encore de sa tête.
Je lui explique qu'on voir voir un docteur qui va nous aider.
Elle pleure de plus belle, épuisée.

Elle se calmera dans la voiture, à quelques kilomètres de la maison, quand je prononcerai le mot Hôpital.
La dernière fois qu'elle y est allée, le médecin lu a rendu un vrai service, il l'a vraiment aidée. Et elle le sait parfaitement. Du coup elle a confiance.

J'arrive à l'hôpital, elle est KO... la fièvre est toujours aussi forte, si j'en crois mes lèvres sur son front.
Elle a mal, mais ne pleure plus.

J'entre dans le hall de l'hôpital Madeleine.

Accueil d'une très gentille infirmière...
Je lui explique tout.
Et...
...
elle m'explique très gentiment, bien ennuyée pour moi, qu'il y a au moins 5 heures d'attente, et que ce sont majoritairement des bébés... donc que ma fille n'est pas prioritaire. Elle ne sera pas examinée avant plusieurs heures par un médecin...
Couloir allumé, des parents qui portent des bébés qui pleurent, super nuit.
Elle me regarde, et me dit doucement : "Vous feriez peut-être mieux de rentrer chez vous. Vous lui donnez quoi qu'il arrive quelque chose toutes les trois heures contre la fièvre, et vous la découvrez bien. Vous la veillez, et si son état empire, vous revenez ? C'est vous qui décidez. Je peux aussi vous faire un dossier si vous préférez..."
On hésite toutes les deux.
Je regarde ma fille, je la regarde elle.
On en discute encore un peu.
Je repars.

J'explique à ma fille que l'infirmière pense qu'il faut retourner se coucher, et prendre souvent du sirop rose.
Elle est étonnée.
Elle sait très bien comment se déroule une consultation.
Même si elle a encore mal, elle réagit calmement.

J'appelle mon mari (il y a une cabine dans le couloir des Urgences, côté cour intérieure de l'hôpital).
Je rentre avec ma puce.

En roulant, je réalise ce que j'ai commencé à réaliser depuis mon premier appel à SOS, ce soir.
Les Urgences sont dans une belle merde.

Je plains la secrétaire, je plains les médecins, je plains le SAMU, je plains les infirmiers et infirmières des Urgences, je plains les toubibs qui y bossent...
Non pas parce qu'ils ont des conditions de travail difficiles.
Non, là tout de suite, je les plains, parce que leur conscience professionnelle est sérieusement écrabouillée par ce système libéral et anti formation de nouveaux personnels.
Ils doivent avoir mal au bide tous les jours, toutes les nuits, alors même qu'ils font tout ce qui est en leur pouvoir, notre santé et notre sécurité ne sont plus assurés.

Je rentre donc. Et je veille.

Ma fille n'a pas eu de méningite.

La nuit fut difficile mais elle est passée, et le lendemain la tête allait mieux.
La fièvre s'est remise à faire des hauts très hauts et des bas pas très bas, mais au moins est-elle devenue fluctuante.
Et au bout de quelques jours, cette demoiselle se remettait.
Epuisée, mais plus malade.

Ma fille n'a pas eu de méningite.
Heureusement.
Sinon, elle serait probablement morte à l'heure qu'il est.

Parce qu'il ne s'est trouvé personne de disponible pour l'aider, à ce moment-là.


Quelques jours plus tard... en France...

On apprenait, fort tristes, la nouvelle de ce petit minot de 3 ans décédé aux Urgences, à Paris.
Et d'une infirmière en garde à vue.

Puis, la nouvelle de ce monsieur de l'Essonne qui avait reçu les soins d'urgence mais qui n'avait pas pu avoir de place dans un hôpital de la région parisienne, et qui était décédé aussi.

Alors quand j'entends ce type OSER nous dire que tout va bien, que ce n'est qu'une question d'organisation...
J'ai envie d'HURLER.

Ma fille n'a pas eu de méningite.
Heureusement, car ce n'est pas ni les médecins ni les infirmier(e)s que j'aurais blâmés.
Mais bien celui qui cautionne tout ça.

A lire, édifiant : cet article de Libé.

Nota Molto Bene :

La densité médicale en chiffres : (Source : Site du Conseil Général du Loiret)

RALENTISSEZ VOTRE CURSEUR PAR ICI, CA VAUT LE DETOUR

- Généralistes + spécialistes (nbre de médecins pour 100 000 hbts - chiffres de décembre 2003) :
France : 338
(région Centre : 268...)
Union européenne : 363
Allemagne : 362
Belgique : 460
Italie : 603
soit 6 653 médecins, ce qui correspond à 3 394 généralistes et 3 259 spécialistes.

- Généralistes :
France : 102,4
région Centre : 87
Loiret : 83,7 = 524 médecins


Alors OUI : Qu'est-ce qu'on attend pour que ça change ?
Combien de morts avant un sursaut ?
 

Mardi 20/01/09
Eric Taillandier
sera sur
Radio Châlette

(dans le Montargois)
au sujet de la santé, des franchises, etc.


et
Samedi 24/01/09

Journée de
MOBILISATION POUR LA SANTE
à MONTARGIS.

Merci de prévenir si vous vous y rendez,
et de passer l'info autour de vous.
 

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Published by Polyborus - dans Santé
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commentaires

Guillaume 25/01/2009 15:59

Superbe article! Ayant aussi des enfants petits il m'a ému (de même que la lettre à Bachelot de Mooonbloggeur).

Après m'être un peu documenté, je confirme tes chiffres (voir http://guillaumebertrand.wordpress.com/2009/01/25/sante-en-region-centre/ )

En effet, "les urgences sont dans la merde", et nous et nos enfants avec!

BCT 21/01/2009 00:10

Bachelot ! Tu vas te bouger !
Je sais ce qu'il faut faire ! C'est une manif au Val de Grâce. Là il ne risque pas d'y avoir de problèmes d'urgence.

Alexandre 20/01/2009 19:39

C'est noté !

Steph / Polyborus plancus 20/01/2009 19:24

Elle n'aime pas ça, elle adore... :-)
En cas de coup de blues, le simple fait de prononcer ce mot lui fait briller les yeux.
Il n'y a rien de plus beau qu'un sourire avec les yeux.

Alexandre 20/01/2009 13:35

Est-ce qu'Eglantine aime le chocolat ?