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  • Citoyenne intéressée par la politique, la musique, et le dessin... entre autres.
Valeurs fortes :
Loyauté, confiance, honnêteté, solidarité, ... et même, services publics.
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18 septembre 2011 7 18 /09 /septembre /2011 19:30

Lettre ouverte d'Alice Nieto, que je publie dans son intégralité.

Les mots d'Alice sont suffisamment forts pour que cela se passe de commentaire de ma part.

Connaissant mes prises de position, vous ne serez pas surpris de mon soutien plein et entier.

Et si notre regard vers l'autre évoluait enfin ? Changeons les choses. Il est temps.


Bien à vous,

 

Polyb.

 

 Aujourd'hui, « j’accuse »



       Ecrire est le cri de la protestation. Mes moyens d’actions ont beau être limités. Mon statut d’étudiante est certes insignifiant. Mais j’ai avec moi le poids de l’expression écrite, cette liberté qui, par le biais des mots, permet à l’âme de témoigner. Autrement dit, j’ai avec moi l’essentiel : mes valeurs et mes écrits.

Aujourd’hui, j’accuse. Je dénonce une injustice et sûrement une parmi tant d’autres, me direz-vous. Mais de la même façon que se soigner, c’est accomplir la moitié du chemin de la guérison, prendre conscience du mal fait à autrui, c’est réaliser un premier pas, sans doute le plus important, à l’encontre de l’injustice. Aujourd’hui, j’aimerais qu’on puisse réaliser ce pas, que le voile soit levé sur cette indignation dont nous avons peu connaissance ou plutôt, dont l’intérêt n’a jamais été présent. Une affaire dont on se sent peu concerné alors que pourtant, elle fait appel à notre sens de l’humanité. C’est auprès de vous que je voudrais crier de toutes mes forces, aussi futiles soient elles, la cruauté dont peut être capable un pays pour un autre. Puisque d’autres ont osé, j’oserai aussi, moi.

Oui, le mot « cruauté » peut résonner de manière exagérée, mais ce n’est qu’une question de point de vue. Tout dépend de quel côté de la barrière on regarde. Comment réagirait un Français si on lui refusait le visa aux Etats-Unis, sans raison particulière ? Que dirait-il s’il était perçu d’emblée comme un fraudeur en quête de fuite ? Que penserait-il si on lui refusait les joies du tourisme, la découverte d’une autre culture, la visite de ses amis ? Ce sentiment amer et cuisant que vous ressentez lorsqu’on vous coupe du monde et qu’on vous enferme dans votre propre existence, le supporterait-il ?
C’est un sort que connaissent bon nombre d’Africains voulant explorer le monde occidental.
L’animal est enfermé en cage. Une fois de plus. On leur refuse le visa sans explication, sans prétexte valable, parce que « non, c’est non ». Parce qu’on a peur, parce que l’Afrique c’est pauvre, l’Europe c’est riche, alors c’est évident, ce salopard d’africain va chercher à frauder, à profiter des richesses du pays, pire, il va s’installer et s’enrichir sur notre dos ! On en a déjà trop dans notre pays alors que viendrait- il faire ici !

Paranoïa, discrimination, intolérance, il n’y a que trois mots qui peuvent qualifier ce comportement. Mais sous quel prétexte ?

L’an dernier, j’ai passé 8 mois en Afrique, au Bénin exactement. J’avais 19 ans. Je suis partie dans un but humanitaire. Aux coudes à coudes avec les autres volontaires, nous avons organisé des campagnes de prévention, apporté une aide humaine et matérielle dans les écoles, participé à la protection de l’environnement. Et pourtant, je suis revenue avec l’impression d’avoir reçu plus que je n’ai pu donner. Les Africains sont ainsi, ils ont peu mais partagent tout avec une générosité inconcevable. C’est un autre monde où l’on lutte au quotidien avec espoir et acharnement, sans se plaindre, sans jamais s’apitoyer, avec le sourire d’une personne qui sait ce que vivre signifie. C’est un monde de solidarité où les liens de la famille ne présentent aucune limite.
Autant dire qu’en 8 mois, j’ai eu le temps de créer de fortes relations. A mon retour en France, j’espérais qu’un jour, je pourrais les recevoir comme eux m’ont si bien accueillie. Je n’aurais jamais imaginé, soupçonné que ce serait pour eux une quête sans fin, avec pour saint graal, un unique papier tamponné : le visa.


Quand mon ami béninois, chef de programme d’une ONG française, s’est décidé à venir en France, il a pris un mois de congé, soit la totalité des vacances qui lui sont attribuées par an. Il a tout payé : le billet d’avion, l’assurance, les vaccins, les frais du visa. L’argent s’est mis à pleuvoir, mais ça valait le coup. Ce qu’il faisait là, il ne pourrait le faire qu’une fois dans sa vie. Tout était bon. Sauf le visa. Une semaine, rien. Deux semaines, rien. Trois semaines, c’est un refus.

Le motif : revenus insuffisants sur le compte. Il faut avoir au moins 1 millions de F CFA, soit 1500 euros, pour espérer partir en France. Le salaire moyen des béninois se situent autour de 50 000 F CFA.

Combien de béninois pourront un jour voyager hors du continent ? 3% ? 5% ? Mais pas d’énervement, ceci n’est qu’une bonne intention venant du consulat français ! Il souhaite tout simplement s’assurer que le voyageur aura les moyens d’assurer ses soins, son rapatriement… Je ne me souviens pas qu’on m’ait demandé mes revenus pour vérifier si j’avais les moyens de ne pas crever du paludisme, mais peu importe. L’Africain ne baisse jamais les bras. Les amis et la famille l’aident à gonfler son compte. Nouvelle demande avec cette fois, 1 100 000 F CFA en poche. Refus.

Le motif : manque d’informations sur la personne qui le reçoit. Il vous faut savoir que pour venir en France, l’Africain doit pouvoir présenter une lettre d’invitation. On ne se présente pas en France sans y être invité ! Il reste une semaine avant le départ, une semaine pour obtenir le papier qui ouvrira une brèche au niveau des frontières. Nouvelle demande avec cette fois, le contrat de travail et les revenus de celui qui l’invite. Mon ami est confiant. Il a fourni toutes les informations qu’on lui a demandées, comment pourrait-on lui formuler un nouveau refus ? Mais quelques jours plus tard, au service de l’immigration : c’est un refus définitif. Et le plus drôle reste à suivre.

Quand on vous annonce la décision finale, qui ici est un refus, il vous faut signer une déclaration pour en connaître les raisons. En résumé, vous êtes obligé d’accepter la décision  pour connaître le pourquoi du refus. Alors bien entendu vous signez, pour finalement avoir le droit d’apprendre que le motif «  touristique » de votre voyage n’est pas valable et qu’il n’y a aucune garantie que vous respectiez sa durée.

Toutes ces démarches, tout cet argent, tout ce temps, toute cette énergie gaspillés pour des prétextes qui n’ont pas de sens. Parce que l’Africain ne peut pas, comme tout le monde, profiter des joies du tourisme. Parce qu’il est évident qu’une fois en France, il ne voudra plus revenir dans son pays, à son travail, auprès des siens.
Cette histoire n’est pas seulement l’histoire de mon ami béninois, chef de programme d’une ONG française. C’est un récit qui se répète sans fin.

Aujourd’hui j’accuse.

J’accuse la paranoïa qui poussent les pays à se renfermer sur eux-mêmes pour la bonne raison d’une immigration passée non contrôlée, qu’on a abusivement utilisée comme excuse à tous les problèmes rencontrés. 

J’accuse la discrimination qui nous rend excessivement méfiants envers les Africains dont les clichés et idées-reçues foisonnent.

J’accuse le manque d’humanité qui nous amène à n’entrevoir que ce qui nous concerne, à ne regarder que devant soi. Ce manque d’humanité qui amène nos pays à se réfugier dans un confort personnel et à se couper du monde.


Alice Nieto.

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Published by Polyborus - dans Société
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