Probablement plusieurs d'entre vous auront suivi cette drôle d'affaire.
Il y a quelques jours, on apprenait que deux détenus de Fleury-Mérogis avaient réussi à filmer l'intérieur de leur prison, et donc bien des choses habituellement cachées aux regards extérieurs. Ces éléments filmés, ils les ont confiés à deux réalisateurs, chargés d'en faire un documentaire sur la réalité de leur univers carcéral.
Pourquoi ont-ils ressenti le besoin d'en arriver là ?
Envie de réagir face aux documentaires qu'ils visionnent habituellement, et qui ne montrent que ce qu'on veut bien montrer au public : des locaux en état correct, un peu de vie lissée à l'intérieur, mais évidemment PAS la face réelle de la prison.
Or, tant pour alerter l'opinion sur l'état de délabrement des locaux, la surpopulation et surtout ce que cela implique au quotidien, que pour bien montrer aux jeunes que "la prison, c'est la merde, et que tu deviens fou là-dedans"... il fallait parler vrai, et donc... montrer vrai.
En ce qui me concerne, oui, comme tout ce qui est oublié de tous, et qui est souvent l'objet de préjugé, j'ai eu envie d'en savoir plus.
Pour cela donc, ces deux hommes marquent un point : attirer l'attention de quelques uns. J'en fais partie. Je ne suis pas sûre qu'on soit nombreux, mais c'est déjà ça. Et en plus, j'ai un blog ? Bon. Ben je toucherai donc quelques personnes de plus. Tant pis si ça n'en fait pas beaucoup. Mais je ne peux pas rester sans broncher.
Je me suis documentée à ma manière : quelques recherches dans Google, et surtout, les articles du Monde.fr. C'est de bonne guerre : c'est ce média qui m'a révélé la vidéo. Ils ont fait une série d'articles plutôt intéressants sur le sujet. Contrairement à d'habitude, j'ai compilé le tout, l'ait imprimé, et je me le suis fadée deux fois à fond. Pour comprendre. Ou du moins essayer. Et comme ça m'arrive trop souvent ces dernières années, je me suis mise à avoir honte de mon pays.
Je ne vais pas paraphraser les articles en question.
Le mieux est de les lire, ils ne sont pas si longs.
Toutefois, je vous ressors quelques données intéressantes :
Les données brutes sur nos prisons :
- 70 % des prisons de France sont surpeuplées.
- 25 % d'augmentation du taux de détention en France depuis 5 ans.
- Pas d'augmentation équivalente de la délinquance (notamment criminelle)
La prison école du crime :
- 80 % des personnes condamnées à la prison pour des infractions contre les biens récidivent.
- Les auteurs des infractions les plus graves sont ceux qui récidivent le moins.
- Pour aider à la réinsertion :
1 conseiller d'insertion et de probation pour... 100 détenus.
Les prisons françaises : un déni de la dignité humaine :
- Les conditions d'emprisonnement en France font régulièrement l'objet de remontrances du Conseil de l'Europe et de la Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité.
Réactions de la France : généralement : aucune.
- La loi française exige la séparation en prison :
* des mineurs d'avec les majeurs,
* des femmes d'avec les hommes,
mais aussi :
* des prévenus (détention provisoire) des condamnés, * des primo-délinquants d'avec les récidivistes.
La surpopulation carcérale en France amène à ne pas respecter cette loi.
- En proportion, on trouve beaucoup moins de "criminels" dans les prisons françaises que de personnes condamnées pour des faits beaucoup moins graves. Pourtant, ils sont mélangés... - 40 % des personnes incarcérées nécessitent des soins psychiatriques.
Très peu sont soignés, la réponse institutionnelle étant la gestion sécuritaire des ces personnes plutôt que le soin. (en gros, on isole, mais on ne soigne pas).
- Les prisons françaises sont celles d'Europe dont on s'évade le moins... et celles où on se suicide le plus.
Quelles solutions envisager ?
- En 25 ans, le nombre de places en prison a doublé... ce n'est donc pas l'augmentation du nombre de places qui peut résoudre le problème de la surpopulation carcérale... mais le respect du principe qui affirme que l'emprisonnement doit être le dernier recours de la justice à l'encontre de quelqu'un.
Il faut donc utiliser tout le panel de sanctions mis à la disposition des juges et ne se servir de la peine d'emprisonnement qu'en tout dernier recours.
Le cas Fleury-Mérogis :
Construite en 1968, à l'époque des poussées des grandes barres d'immeubles HLM. Un complexe immense, d'environ 3000 cellules. 15 à 20 ans à peine plus tard, de gros soucis dans la structure bétonnée. Depuis, le bâtiment se dégrade en profondeur.
Or, comme on peut imaginer sans peine aujourd'hui la difficulté de vivre dans une barre de 3000 logements, la gestion quotidienne de cette prison inhumaine et invivable est extrêmement compliquée.
La rénovation encore plus.
Concrètement :
Des vitres cassées non réparées, des douches qu'on est obligé de faire fonctionner non-stop parce qu'il y a trop de détenus à faire passer à la douche (donc pas d'aération possible, murs "gluants" et moisis), des locaux insalubres, des cellules prévues pour un dans lequel plusieurs cohabitent... etc.
Petit, tout petit extrait des vidéos tournées par deux détenus de Fleury-Mérogis :
Mes principales sources :
LeMonde.fr du 18/12/08 :
- Prisons : "Rien ne justifie l'humiliation ou les mauvais traitements" ('chat' avec Patrick Marest, délégué général de l'Observatoire International des Prisons)
- En 1968, ParisMatch qualifiait Fleury-Mérogis de 5 étoiles (de Luc Bronner)
- Fleury-Mérogis filmée de l'intérieur (de Luc Bronner)
Et maintenant... ?
On change le monde ?
Allez, il est temps.