Parfois, j'me prends pour un funambule. De ma cordelette de coton, je fais un câble de joie. De mes passes entre les barreaux, je fais un pont vers l'extase. Parfois, j'me prends pour un funambule. J'oublie le tournis et la panique. J'oublie la peur et les murs qui se serrent. Je file sur mon fil et je défile le temps qui m'est pris. Parfois, j'me prends pour un funambule. Enfin je respire. J'inspire plus qu'un bol d'air, un monde entier ! J'emplis mes poumons asphyxiés, et je prends les étoiles de leur mobile. Je les attire vers mon coeur, et je les inspire au plus profond de mon âme. Parfois, j'me prends pour un funambule. Loin de moi ces terreurs, de l'air, j'en trouve Loin de moi ces horreurs, de l'espoir, j'en découvre Près de moi d'autres hommes, des humains en souffrance Et qui comme moi dansent le pas macabre des enfermés La mort ne sera pas ma délivrance Le rêve sera mon salut. Parfois, j'me prends pour un funambule. Je sors mais ce n'est pas la ville Je vole mais ce n'est pas la pomme Je change mais ce n'est pas en mal Je marche simplement sur le fil de ma nouvelle vie Je la réinvente, au gré des entretiens et des expériences Je la retente, au gré des rêves et des espoirs auxquels je veux croire Parfois, j'me prends pour un funambule. J'ai juste oublié un détail. Tout ce cirque, là... ce n'est pas pour rire. Mon coeur s'arrête. Une fois, deux fois. La troisième sera peut-être la bonne. Vite, revenons-y. Parfois, j'me prends pour un funambule...